LA VALLÉE D’ANNAPOLIS

La vallée d’Annapolis est un véritable étden de l’est du Canada. Bénéficiant de conditions climatiques exceptionnelles pour cette zone du nord-est de l’Amérique, on peut y cultiver une multitude de fruits et de légumes

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PARADIS DE LA
POMICULTURE

NOUVELLE-ÉCOSSE
La vallée d’Annapolis s’enfonce dans les terres sur quelque 150 kilomètres, sans toutefois mesurer plus d’une vingtaine de kilomètres de largeur en son ouverture au nord-est. Enclavée entre deux escarpements rocheux, celui à l’ouest l’isolant de la Baie de Fundy et l’autre à l’est constitué du bouclier montagneux qui caractérise bien la topographie de la Nouvelle-Écosse, la vallée d’Annapolis se marie littéralement avec le Minas Bassin au nord-est, dans lequel se déversent ses multiples affluents qui deviennent fleuves à chaque jour par l’effet des marées.

Le standard élevé de la variété Honeycrisp de la Nouvelle-Écosse a contribué à tisser une réputation haut de gamme pour la pomiculture néo-écossaise. Créer un standard et le maintenir requiert beaucoup de discipline tant au verger que lors de la manutention du fruit et de son entreposage. Sa texture croquante et son goût particulièrement savoureux demeurent même après plusieurs mois passés dans les entrepôts de la Nouvelle-Écosse, chose que parviennent plus difficilement à garantir les autres régions productrices de l’Amérique du Nord.

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PLUS DE VINGT VARIÉTÉS

Le renouvellement des plantations est bien implanté dans la vallée d’Annapolis. Outre la célèbre Honeycrisp, on produit une vingtaine de variétés dont la Ginger Gold, l’Ambrosia, la Fuji, etc. Les propriétaires de Power Farms assurent un suivi des cultures très rigoureux tout au long de la saison.

39 SCIENTIFIQUES

Le centre de recherche d’Agriculture Canada domine littéralement la vallée d’Annapolis avec la petite ville de Kentville à ses pieds. Avec ses 39 scientifiques et biologistes, tous dédiés à la recherche, le centre se spécialise davantage dans la production, la conservation et la qualité des aliments.

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Rythmée par le va-et-vient des plus puissantes marées au monde, lesquelles atteignent jusqu’à 17 mètres (55 pieds), la vallée d’Annapolis subit ainsi un modelage climatique étonnant. De ce fait, le microclimat se révèle le plus clément de toute la côte est du Canada, favorisant des printemps sans risque de gels meurtriers qui promettent un développement hâtif de la végétation. On parvient même à y cultiver la cerise et la pêche, quoique limitées comme cultures dû aux variétés moins bien adaptées pour l’obtention de rendements, alors que la pomme domine nettement le paysage.

C’est d’ailleurs la pomiculture qui coiffe la Nouvelle-Écosse de son statut de joyau agricole des Maritimes. Cette culture prédomine bien qu’elle soit disséminée un peu partout sur ce territoire vallonné, là où l’exposition à la lumière est la plus propice.

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Les vergers voisinent des cultures aussi variées que la carotte, laquelle est cultivée à grande échelle, ainsi que plusieurs autres productions légumières sur des exploitations d’envergure auxquelles se greffent des élevages avicoles et des fermes laitières. Les cultures céréalières, fourragères et oléagineuses complètent cette étonnante mosaïque pour un si petit territoire où domine tout de même le couvert forestier, ce qui laisse supposer un potentiel agricole à venir.

L’association professionnelle de pomiculteurs de la Nouvelle-Écosse a pris naissance en 1863 et opère sous le nom de Nova Scotia Fruit Growers’ Association (NSFGA).Cette association âgée de plus de 150 ans loge actuellement sur le site d’Agriculture Canada à Kentville, là où on exploite la ferme expérimentale axée principalement sur la pomiculture et la production horticole, et qui vit le jour en 1910. C’est donc une partie de l’histoire de la production fruitière canadienne qui a été écrite dans la vallée d’Annapolis. Au début du XXe siècle, la pomme de la Nouvelle-Écosse état présentée dans de multiples expositions à travers le monde et avait comme principal preneur la Grande-Bretagne. L’exportation fait donc partie des mœurs des producteurs de la vallée, eux qui ont toutefois dû revoir leurs stratégies de commercialisation au milieu du siècle dernier en intensifiant davantage le marché local, quoique l’exportation de certaines variétés, telle la Honeycrisp, domine toujours.

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SCOTIAaN GOLD

Si les kiosques à la ferme sont légion dans la vallée, le gros du business demeure toutefois celui de la pomiculture commerciale. On s’occupe aussi du marché de détail de proximité et de la préparation du prêt-à-manger. Les facilités de manutention, d’entreposage et d’emballage sont toutefois concentrées chez quelques joueurs dont la dominante coopérative Scotian Gold localisée à Coldbrook qui monopolise 50 % de toute la production de pommes de la vallée. Sa capacité de réception, ses facilités d’entreposage et son immense poste d’emballage s’ajoutent à la puissante expertise de ce secteur dominant depuis 1957.

On mise aussi beaucoup sur le tourisme qui défile à pleins autocars durant toute la belle saison, alors que les familles en vacances viennent s’y balader. Le gouvernement provincial et les instances régionales déploient des efforts remarquables pour inciter les gens à acheter localement. C’est un moteur économique indéniable qu’engendrent les circuits courts, plus particulièrement lorsque les attraits touristiques sont multiples. Le seul mouvement des marées fascine autant qu’il effraie avec sa montée rapide des eaux atteignant les 17 mètres en quelques heures, et charriant des eaux chargées d’alluvions qui expliquent sa couleur brunâtre. Pour stopper son invasion dans les terres basses de la vallée, les premiers arrivants y façonnèrent, au tournant du XVlle siècle, des digues partout où ces eaux menaçaient, récupérant ainsi de formidables superficies de terre arable. Améliorées depuis, elles servent

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aussi de passages routiers et constituent des points de vue étourdissants lors des marées hautes.

Produire des fruits de qualité dans le but de se positionner sur les marchés d’exportation nécessite une grande discipline certes, mais aussi un suivi agronomique et technique aux champs très rigoureux. La création du pôle de transfert technologique Perennia permet d’intervenir efficacement auprès des producteurs. Créée de toutes pièces par le ministère de l’Agriculture dont elle est la propriété, Perennia est toutefois administrée indépendamment, ayant son propre conseil d’administration. Cela lui confère une plus grande latitude tant dans ses orientations que dans l’application sur le terrain.

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UN ÉDEN

Les avenues pour les producteurs horticoles de la vallée sont multiples compte tenu du fort potentiel que recèle cet éden tant par son sol riche que par son climat privilégié. Si la majorité des pomiculteurs maintient la production unique de la pomme, plusieurs se diversifient dans la production de poires, de cerises ou de pêches avec en complément la production de divers légumes et de petits fruits.

UNE FIDUCIE FONCIÈRE

Afin de protéger les terres agricoles de la vallée d’Annapolis, on a créé une fiducie foncière. Portant le nom de Land Trust, celle-ci garantit que les terres ne peuvent servir à d’autres fins que l’agriculture par l’enregistrement de contrat avec les propriétaires terriens. Ces contrats conservent toutefois une certaine flexibilité mais ont le mérite de maintenir une gestion plus serrée sur cette ressource première que sont les sols de la vallée d’Annapolis.