JARDINS DU NORD

Avec sa diversité géologique, son climat étonnant grâce à l’immense fleuve Saint-Laurent, et sa situation géographique stratégique, le Québec horticole, situé à l’est du Canada, bénéficie d’atouts indéniables.

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FRUITS ET LÉGUMES
DU QUÉBEC

Qualifiée de Petite Californie par la communauté d’affaires nord-américaine de l’univers des fruits et légumes, le Québec horticole demeure toutefois fragile. Il faut reconnaître que, malgré certains atouts, des contraintes de taille se dressent devant les producteurs de fruits et de légumes du Québec. C’est souvent un exploit de pouvoir rivaliser avec les géants producteurs des états américains et du Mexique, pour qui des contraintes existent certes, mais qui peuvent produire massivement et à moindre coût par unité vendue.

La province de Québec est située à l’extrême limite territoriale de l’est du continent. Pour plusieurs légumes produits, l’avantage climatique sauve la mise compte tenu que les chaleurs extrêmes de juillet, d’août et de septembre que subissent les régions productrices majeures que sont l’Arizona, le Texas et la Californie, privent ces dernières de la possibilité de produire durant ces périodes de canicule, diminuant d’autant la pression sur certains marchés.

500 MILLIONS $

Maintenir une industrie horticole en bonne santé économique et ainsi encourager la jeunesse à s’y investir, relève de l’exploit dans un marché aussi compétitif. Un secteur génère toutefois une valeur commerciale annuelle de plus de 400 M$ au seul chapitre des légumes frais incluant la pomme de terre, à laquelle on se doit d’ajouter la production serricole avec une valeur de 100 M$.

CONCENTRATION

Les producteurs de fruits et de légumes du Québec font face à un défi important compte tenu qu’il y a une forte concentration de la distribution alimentaire. Trois géants seulement concentrent leurs opérations stratégiques à un seul endroit dans un pays aussi immense que le Canada.

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Bon nombre de producteurs horticoles recherchent d’autres avenues, d’autres marchés, pour ainsi écouler leur récolte, cherchant ainsi à maintenir un niveau de rentabilité acceptable chez leur entreprise et permettre ainsi d’intégrer leur relève. Certains se tournent du côté des légumes dits asiatiques, sans toutefois délaisser totalement les légumes traditionnels livrés historiquement aux grandes chaînes d’alimentation du Québec. Mais pour bon nombre de producteurs, les règles du jeu qu’établissent les chaînes rendent le quotidien invivable à toute fin pratique. Les exigences sont telles qu’elles mettent littéralement en échec les pratiques mêmes de production et de conditionnement des récoltes, sous des prétextes parfois improvisés ou opportunistes. On fait fi d’une réalité agricole qui ne peut se comparer aux autres secteurs industriels alors qu’on jongle avec des produits frais, sortis du champ les heures

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précédant la livraison, avec les aléas climatiques qui grèvent le secteur. Et pour en ajouter, certaines administrations profitent des différents petits impairs que peut subir un producteur, en le pénalisant monétairement. De plus, on pousse même les délais de paiement aux 90 jours et parfois davantage. Rien pour consolider un secteur économique alors qu’il faut impérativement en arriver à se concerter pour un partage équitable des risques et des profits.

Chez Ferme des Pionniers de Saint-Laurent, près de la ville de Québec au Canada, on a privilégié la culture de l’oignon sur une dizaine d’hectares, en la greffant à celle de la pomme de terre, laquelle prédomine toutefois. Alors que cette dernière est vendue en vrac à un tiers, l’oignon, quant à lui, est commercialisé directement par les propriétaires. On en fait le classement et l’emballage de novembre à juin. Ferme des Pionniers s’inscrit dans le modèle de petites et moyennes entreprises avec 120 hectares (300 acres) de terre en culture dont 30 % en spécialités et le reste en cultures de rotation. Ce type d’entreprise fait vivre une famille et possiblement une deuxième avec quelques innovations toutefois. De l’avis des propriétaires, la mise en marché pour l’oignon se déroule assez bien avec un seul acheteur dans leur cas, d’où une certaine précarité. Leur situation géographique leur confère un privilège de par la proximité de l’imposant bassin de population de la ville de Québec, et parce qu’ils opèrent l’unique ferme spécialisée dans l’oignon de l’Île-d’Orléans.

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LÉGUMES ASIATIQUES

La production de légumes asiatiques répond aux demandes spécifiques d’importateurs. Ces légumes ont pour point de chute New York China Town où un bassin de plus de 800 000 Américains d’ethnie asiatique y a pris racine. Ce fabuleux marché présente son lot de défis, dont celui de parvenir à produire au Québec des légumes aussi originaux que le chou chinois, le panais ou l’okra.
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NOUVEAU PRODUIT

On s’investit dans la creation de nouveaux produits certifiés telle la marque de commerce Bleuet Boréal Sauvage.

En véritable paradoxe, le Québec a vu se développer des entreprises agricoles qui dominent l’avant-scène du secteur légumier de la province et même du Canada. Jardins Cousineau et sa production dominante de brocoli est devenue le géant canadien de ce légume alors que VegPro International avec sa spécialité des jeunes pousses rayonne sur toute la côte est américaine. Plusieurs autres entreprises agricoles d’importance, avec des noms aussi symboliques que Guinois, Gibouleau ou Notaro pour ne nommer que ceux-ci, jouent un rôle clé dans le rayonnement du Québec.

Il en va de même pour les petits fruits, telle l’entreprise Bleuets sauvages du Québec Inc., basée au Saguenay-Lac/Saint-Jean dans le nord de la province, qui vend les bleuets sauvages du Québec en surgelés dans plus de 20 pays. Certifiée ISO-9001 :2000, cette entreprise s’appuie sur une équipe

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professionnelle qui œuvre autant au champ qu’à l’usine et qui possède son propre laboratoire hi-tech. On capitalise même sur un nouveau concept signé Bleuet Boréal sauvage, lequel est certifié sans pesticide.

Pois vert, haricot, maïs sucré, carotte ou brocoli, autant de couleurs qui prennent la direction des usines de transformation Bonduelle basées au Québec et ailleurs au Canada et aux États-Unis. Ce géant européen de la transformation et du surgelé est depuis bien ancré en Amérique du Nord, dont le Québec fut le premier jalon. Le Québec produit des quantités très importantes de légumes dits industriels, lesquels se retrouvent massivement dans le réseau HRI et dans les réfrigérateurs des grandes surfaces d’alimentation, mais le public en général en est très peu conscient bien qu’il en consomme massivement. Pour les producteurs agricoles, cette diversification des cultures qui est proposée par Bonduelle mériterait toutefois d’être bonifiée pour permettre de consolider davantage ce secteur maraîcher à caractère industriel.

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JOYEAU DES PETITS FRUITS

Les principaux compétiteurs des producteurs de fraises du Québec sont sans contredit la Californie et le Mexique, compte tenu que ces régions productrices mettent en marché les fraises sur une longue période, ce qui vient heurter de plein fouet la saison de production du nord-est de l’Amérique. Qui plus est, les rendements obtenus dans les régions nordiques n’ont rien de comparable avec ceux du sud-ouest. Un phénomène qui vient pallier en partie ce déséquilibre commercial est la montée en popularité des produits frais qui affichent leur provenance, de laquelle le secteur des petits fruits du Québec a su tirer avantage.

28 000 HECTARES

Le bleuet sauvage est cultivé sur plus de 28 000 hectares au Québec, desquels on récolte environ 60 millions de livres du petit fruit.

UNE ALIMENTATION SÉCURISÉE

Suite à quelques échappées alimentaires qui provoquèrent des intoxications allant jusqu’à causer des décès, les normes en matière de salubrité alimentaire se sont définies et des mesures furent appliquées. Personne ne s’opposera à ce qu’on sécurise toute la filière de production d’aliments. Il en va de la santé publique certes, mais aussi de la santé économique du secteur des fruits et légumes qui sont consommés en majeure partie à l’état frais.

Le Conseil canadien de l’horticulture a mis en place en 2003 un programme de salubrité des fruits et légumes. Les producteurs agricoles en gardent le contrôle plutôt que de se le faire imposer par les détaillants.

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Avant la mise en place du programme, ces derniers demandaient plus de maîtrise pour répondre aux consommateurs désireux d’être rassurés.

Conséquemment, les producteurs ont tout intérêt à s’inscrire au programme de certification CanadaGAP pour ainsi sécuriser les acheteurs potentiels. Le processus peut paraître laborieux pour plusieurs compte tenu que cela implique une régie très serrée tout au long de la saison de production ainsi que la visite d’auditeurs. Inscrire dans un registre chaque élément clé alors qu’on est en plein pic de production peut s’avérer une véritable corvée pour les petites entreprises entre autres, où la main-d’œuvre est réduite.

L’obtention d’une accréditation pour une entreprise horticole s’inscrit toutefois dans une logique de positionnement de marché alors que la compétition sur les marchés est de plus en plus corsée. Il est impératif toutefois que toutes ces démarches soient solidement supportées par les instances gouvernementales. Il en va de l’avenir de tout un secteur économique du Québec et du Canada qui ne demande qu’à se développer davantage.

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